L’avenir de la télévision numérique

shutterstock_53722414Le 16 juin 2006, un accord ayant valeur de traité a été signé à l’issue de la Conférence régionale des radiocommunications (CRR-06) de l’UIT à Genève , fixant au 17 juin 2015 la date butoir pour le passage à la radiodiffusion numérique en Europe, en Afrique, au Moyen-Orient et en République islamique d’Iran (Région 1 de l’UIT).

Le passage de la radiodiffusion télévisuelle analogique à la radiodiffusion télévisuelle numérique ouvre des perspectives mais aussi pose des problèmes à toutes les parties prenantes, qu’il s’agisse des équipementiers, des radiodiffuseurs ou des utilisateurs finals. La décision prise offre non seulement de nouvelles possibilités pour assurer le développement structuré de la radiodiffusion numérique de Terre mais aussi suffisamment de souplesse pour permettre une adaptation à l’évolution de l’environnement des télécommunications. Elle représente en soi une avancée majeure dans les efforts qui ont été déployés pour connecter les communautés mal desservies ou isolées et réduire la fracture numérique.

Ancien Président du Comité technique des Unions mondiales de radiodiffusion et Président du Groupe de travail 6C de l’UIT–R et de plusieurs groupes dans le cadre du Projet DVB, David Wood est un spécialiste de la radiodiffusion numérique. L’UIT lui a demandé de parler du passage de la radiodiffusion télévisuelle analogique à la radiodiffusion télévisuelle numérique et de l’incidence de ce processus sur l’avenir de la télévision.

Qu’est-ce que la radiodiffusion numérique et quels avantages offre-t-elle par rapport à la radiodiffusion analogique?

Le terme de « radiodiffusion numérique » est un terme générique qui désigne l’utilisation de signaux électriques pour la radiodiffusion, lesquels se présentent sous forme d’une séquence de « nombres discrets ». La radiodiffusion analogique utilise des signaux électriques qui varient de « façon continue ». Le passage de l’analogique au numérique est une transition inévitable qui s’est effectuée dans la quasi-totalité des systèmes électroniques au cours des quelques dernières décennies. Les signaux numériques sont plus flexibles, peuvent être compressés dans des espaces plus petits et offrent beaucoup plus de possibilités que les signaux analogiques. Le passage au numérique s’impose comme une évidence et les avantages ne sont plus à démontrer tout comme lorsque l’on est passé du cheval à l’automobile dans le domaine des transports. Grâce au numérique, le téléspectateur pourra recevoir davantage de chaînes et de programmes, avoir des images de meilleure qualité, du multimédia et la télévision sera plus interactive et plus inclusive.

Quand la décision de fixer la date butoir du passage à la radiodiffusion télévisuelle numérique au 17 juin 2015 a-t-elle été prise et combien de pays ont respecté cette date?

La technologie utilisée pour la télévision numérique a été mise au point dans les années 90 mais cette technologie à elle seule ne suffit pas pour mettre en service la télévision numérique. On a besoin d’un plan « de fréquences radioélectriques » qui ressemble à un puzzle géant. Il faut déterminer les emplacements des émetteurs et définir les zones de couverture de façon à satisfaire les besoins de chaque pays et s’assurer que les services numériques, une fois mise en place, ne brouilleront pas les programmes des téléspectateurs des pays voisins. Un tel plan de fréquences doit être convenu par une conférence internationale de planification des fréquences et une telle conférence a été organisée à Genève en 2006. Plus de 1000 délégués venant de 104 pays y ont participé. Ces pays appartiennent à ce qu’il est convenu d’appeler la Région 1 de l’UIT, à savoir l’Europe, l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Asie centrale. La date butoir fixée pour achever le passage dans les bandes des ondes décimétriques – le passage au numérique – pour les Etats signataires a été fixée au 17 juin 2015. Cette date a été largement tenue, à quelques exceptions près.

Quels seront les avantages du passage au numérique pour les habitants de ces pays?

On désigne parfois par le terme de « dividende numérique » les avantages du passage au numérique. Ce terme recouvre tout ce que l’on peut faire lorsque l’on utilise les signaux de radiodiffusion numérique qui sont plus efficaces.

Le premier avantage c’est de pouvoir recevoir un plus grand nombre de chaînes de télévision. À l’époque de l’analogique, les téléspectateurs ne disposaient que quatre ou cinq chaînes. Avec le numérique, le nombre de chaînes proposées avec la même qualité technique est multiplié au moins par quatre. Un autre avantage de la radiodiffusion numérique est qu’il est possible de concilier qualité de l’image et nombre de chaînes. On pourra aussi fournir des guides de programmes électroniques pour aider le téléspectateur à trouver ce qu’il veut. Très récemment, la radiodiffusion numérique a permis de relier les programmes reçus sur un poste de télévision à des contenus Internet.

Il faut également noter que certains pays envisagent d’utiliser dans l’avenir, après le passage au numérique, une partie du spectre autrefois attribué à la radiodiffusion télévisuelle pour les services Internet hertziens et de vendre cette partie de spectre aux enchères: une partie du « dividende numérique » pourrait ainsi devenir une source de liquidités pour les gouvernements.

Quelles sont les perspectives d’avenir de la télévision numérique?

Elles dépendront, entre autres choses, des résultats de la Conférence mondiale des radiocommunications de 2015 (CMR–15) de l’UIT qui se tiendra plus tard cette année. Cette conférence examinera dans quelle mesure les fréquences actuellement attribuées à la radiodiffusion télévisuelle devraient être utilisées à d’autres fins, après le passage au numérique.

Il y a plusieurs écoles de pensée. Selon l’une d’elles, les gains d’efficacité liés à la radiodiffusion numérique devraient être utilisés pour élargir la gamme de services numériques avec par exemple la télévision à ultra haute définition. De tels systèmes sont actuellement mis au point à l’échelle internationale et ils offrent une qualité d’image de 4 à 16 fois supérieure à celle de la télévision haute définition. Selon une autre école de pensée, il vaudrait mieux utiliser au moins une partie des fréquences pour le large bande hertzien, ce qui apporterait des liquidités aux gouvernements, grâce à la vente de spectre, et faciliterait l’accès à l’Internet pour le grand public. L’Internet lui-même pourrait fournir, à la place de la radiodiffusion, des programmes de télévision

Quels que soient les résultats, l’avenir s’annonce prometteur et cela grâce à la conférence de l’UIT qui s’est tenue en 2006.

 

davidwoodDavid Wood est consultant à l’UER, Technologie et innovation, au siège de l’UER à Genève, (Suisse). Il est ancien Président du Comité technique des Unions mondiales de radiodiffusion et a représenté les Unions mondiales de radiodiffusion et l’UER à des forums internationaux. Il assure actuellement les fonctions de Président du Groupe de travail 6C de l’UIT-R et de plusieurs groupes relevant du Projet DVB. 

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